Première écrivaine couronnée, cette Suédoise devenue gloire nationale appartient au panthéon littéraire universel.Première femme et première Suédoise à recevoir le prix Nobel de littérature,
Selma Lagerlöf (1858-1940) offre, selon
Le Figaro, "l'une des plus victorieuses répliques qu'une fille d'Eve ait infligées à l'orgeuil antiféministe des hommes". Après elle, on ne compte que neuf autres lauréates de ce prix, de
Grazia Deledda (1926) à
Elfriede Jelinek (2004).
"Typiquement suédoise et incontestablement universelle" : tel est le paradoxe qu'énonce
Paul Valéry. Comment une oeuvre qui plonge ses racines dans une réalité aussi provinciale peut-elle être traduite en quarante langues et constamment rééditée? Unique par sa façon d'allier la simplicité à la subtilité, le fantastique au réel,
Selma Lagerlöf offre l'exemple rare d'une écrivaine qui puise son inspiration aux sources d'une mythologie vivante. Son oeuvre, inscrite dans la tradition épique des sagas islandaises, est inséparable de la province du Värmland (à l'ouest de Stockholm) où s'est perpétué l'art du récit oral, transmis par les femmes. Est-ce la
tyrannie dérisoire d'un père alcoolique qui lui fait peindre des hommes inadaptés à la vie, que seul l'amour d'une femme peut insérer dans la communauté? Empêchée de se marier par sa pauvreté - le manoir familial doit être vendu en 1887 - et par son infirmité - elle boite à cause d'une malformation congénitale de la hanche -,
Selma Lagerlöf illustre à travers toute son oeuvre sa foi en l'amour féminin rédempteur. Pour elle, les tragiques insuffisances de l'homme, doté d'une force aveugle et destructrice, sont manifestes dans son
émanation si imparfaite, l'Etat - d'où ses positions féministes, notamment la revendication du droit de vote -, afin de canaliser sa force vers les objectifs constructifs. Pour elle, cette symbiose morale représente le seul espoir en un avenir meilleur.
Anéantissant son rêve de l'amour tout-puissant, la guerre porte un coup terrible à ses convictions. Après avoir beaucoup agi pour aider les Juifs et les autres persécutés d'Europe, elle vit assez longtemps pour voir éclater la Seconde guerre mondiale. Comme
Goethe, elle connaît une vieillesse productive,
écrivant jusqu'à son dernier jour d'admirables nouvelles. Son ultime grande oeuvre est la trilogie épique
"L'anneau des Löwensköld, Charlotte Löwenskold, Anna Svärd" (1925-1928).
"Parmi les femmes de grand talent ou de génie, aucune à mon sens ne se situe plus haut", a dit d'elle
Marguerite Yourcenar.
Oeuvres de Selma Lagerlöf:• Gösta Berlings saga, roman, 1891.
• Osynliga länkar, nouvelles, 1894.
• Antikrists mirakler, roman, 1897.
• Drottningar i Kungahälla, nouvelles, 1899.
• En herrgårdssägen, roman, 1899.
• Jerusalem, roman en deux parties 1901-1902.
• Herr Arnes penningar, nouvelles, 1904.
• Kristuslegender, 1904.
• Nils Holgerssons underbara resa genom Sverige, roman, t. 1, 1906 ; t. 2, 1907.
• En saga om en saga : och andra sagor, 1908.
• Liljecronas hem, 1911.
• Körkarlen, roman, 1912.
• Kejsarn av Portugallien, 1914.
• Troll och människor, t. 1, 1915 ; t. 2, 1921.
• Bannlyst, roman, 1918.
• Zachris Topelius 1920.
• Mårbacka, 1922.
• La « Trilogie des Löwenskold » : 3 romans 1925-1928.
• Ett barns memoarer, 1930.
• Dagbok för Selma Ottilia Lovisa Lagerlöf, 1932.
• Höst : berättelser och tal, 1933.
• Från skilda tider, t. 1, 1943 et t. 2, 1945.
• Julklappsboken : och andra berättelser, récits, 1993.
• L'Anneau du pêcheur : nouvelles, traduit par Marthe Metzger et Thekla Hammar, Paris, Delamain et Boutelleau, 1940, 255 p. « Collection scandinave ».